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ASSANGE – SUITE ET PAS FIN

Or donc, après qu’Assange a été lâché par l’Équateur, le glaive de la justice anglaise s’est abattu sur lui – en prison sans passer par le start pour violation des conditions de sa liberté surveillée. Ces conditions, c’est du sérieux, il a manifesté du mépris pour elles et pour la justice, bla bla bla, la juge Deborah Taylor y est allé de force poncifs, surveiller cette foutue ambassade a couté vingt-et-un millions de livres en sept ans. La morale et la couronne sont sauves. Eh bien non. Un jugement humaniste et éclairé, un jugement moins terre-à-terre et moins asservi à un légalisme étroit, aurait constaté qu’Assange a fui, certes un péril judiciaire suédois de droit commun, mais un péril de droit sécuritaire américain réel et concret, et qu’en guise des ridicules cinquante semaines de détention pour cette violation, il avait été de fait privé de liberté pendant sept ans. Par sa propre faute. La juge Taylor a manqué une occasion de faire l’histoire judiciaire pour le bien. L’histoire se souviendra d’elle comme quelqu’un de scolaire, ou même pas du tout. Etendons-nous bien – comme déjà dit, Assange n’est pas net.

Ce n’est pas non plus un journaliste – dixit le WaPo [1]. Il a orienté les révélations de documents fuités ou soustraits pour son propre intérêt – visant qu’il se sortirait mieux du guêpier américain avec Trump qu’Hillary. Mais il a tout de même révélé des informations importantes, d’un intérêt public important, essentielles même. Et ceci a une valeur, une valeur sociétale – qui excède des milliers de fois les malheureux vingt-et-un millions de livres de la surveillance de l’ambassade. Qui dépasse les turpitudes du personnage. Ses aléas suédois reviennent par la fenêtre – avec une prescription à l’été 2020 – mais le vrai sujet est celui de son extradition vers les Etats-Unis. Les anglais ont à cet égard une double-tradition : celle des libertés fondamentales et celle d’être le laquais de l’allié Américain. Laquelle l’emportera, ou le courage l’emportera-t-il ? Un procès non-influencé par la considération politique est-il même possible dans les circonstances ? Finalement, la seule erreur d’Assange est peut-être de ne pas avoir fui à Moscou. A suivre…