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C’EST DEFENDU

Posté le 10 juillet, 2018 dans divers

Entendu dans une interview de Godard cette vieille expression bien vaudoise utilisée jadis : c’est défendu. Défendu de filmer comme ci ou comme ça, disait-il, et toutes et les tant de choses dont on m’a dit autrefois qu’elles étaient « défendues ». C’est peut-être ce qui m’a instillé très jeune l’abhorration de l’interdit : le « c’est défendu » était auto-suffisant, exempt de la moindre explication de pourquoi c’était défendu, prenant tout le monde pour des cons : d’autres, ceux qui disaient que c’était défendu, l’autorité en général, savaient à leur place. C’était juste défendu – et ainsi le signe que c’était pour une mauvaise raison. C’était aussi ce que la génération d’après-guerre attendait de la suivante, en tout cas ses dirigeants : que l’on ne fasse pas ce qui était défendu, que l’on o-bé-isse, et sans avoir comprendre. Eh bien ça, ça n’a pas marché. D’ailleurs, le terme « défendu » est mort avec ceux qui le prononçaient. Amen. Pour rester chez ces bons vaudois (je sais, je sais, je suis aussi à moitié vaudois), ils envisagent d’interdire les publicités sexistes. Ce qui mérite quelques mots.

D’abord, il s’agirait de modifier la loi cantonale sur les procédés de réclame. C’est drôle ce terme de « réclame ». Il est aussi obsolète que « défendu ». Si les lois évoluent, leur sémantique pas toujours. L’idée est juste : les publicités sexistes, ou certaines d’entre-elles, ce qui expose déjà le problème, sont déplacées. Doivent-elles être illicites ? Le droit cantonal peut-il déclarer illicite ce qui est protégé par plusieurs principes constitutionnels ? Le consommateur doit-il simplement être libre de voter avec ses pieds, comme une entreprise est libre de promouvoir ses produits ? L’image sexiste de certaines pubs – et dès lors lesquelles ? – est-elle à ce point dégradante ou intolérable qu’elle doivent être interdites ? Est-ce donc au marché – ou au législateur – de réguler dans une loi de police économique ? Y a-t-il des remèdes de droit civil, pénal ou constitutionnel à disposition des personnes offensées par une pub ? Mais ce qui instrumentalise alors parfois ces textes? Il est déplacé de mettre une jeune femme en bikini sur une machine à café – mais quid du mec musclé torse nu pour une boisson fraîche ? Est-ce une question de santé publique, comme pour l’alcool et le tabac, ou finalement une censure ? Il y a tant de questions que la bonne idée n’en est peut-être pas une. C’est défendu d’interdire, parfois.

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