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CRUEL MONDE NUMÉRIQUE ?

Pas un jour ne se passe sans que les médias ne parlent des dangers ou des dérives de la collecte de données personnelles numériques. De son problème philosophique. Des avantages commerciaux que cela procure. De l’atteinte à la sphère privée que cela constitue. Le débat est simplifié : ces atteintes sont inadmissibles, mais souvent abstraites et s’effaçant ainsi presque sans discussion devant ce que cela procure : des moteurs de recherches performants, la géolocalisation à toutes sortes de fins utiles, des services ciblés, une assistance immédiate, de la sécurité, etc. etc. Chaque donnée numérisée, collectée, n’est probablement pas problématique en soi. Y aura-t-il une limite consolidée à la numérisation de tout ou presque ce que l’humain fait – quasiment chacun de nos faits et gestes étant appréhendé et numérisé par une application électronique ? Et où se situera-t-elle ? Pas un jour ne se passe non plus sans que les médias n’évoquent les méthodes des géants du numérique visant à l’addiction, puis pour la façade à sa prétendue maîtrise, comme ont pu le concevoir avant eux les cigarettiers ou l’industrie du sucre. Pas un jour sans que les médias ne parlent de la manipulation de l’opinion par les grilles de diffusion et les vases clos des réseaux sociaux. Et cela mène où tout ça ?

Les journalistes, les vrais, ne sont pas inquiets de l’intelligence artificielle. Ils l’ont dit à la Digital Life Design Conference : elle les aidera à traduire et à véhiculer de l’information, à analyser des données de société, mais ne les remplacera pas. Un robot prédira-t-il le sort d’un procès comme d’aucuns le craignent ? Il aura beau avoir analysé statistiquement toute la matière judiciaire, il n’appréhendera jamais le facteur humain du côté du plaideur comme de celui du juge, il ne remplacera jamais l’appréciation humaine d’une situation humaine – dont sort la solution juste. Et si l’ordinateur a battu l’homme dans des jeux déterminés, il échoue encore à débattre, à argumenter – autrement que comme une machine, même intelligente dans le sens où elle intègre les éléments du débat pendant son cours.

L’ébullition du fantasme du robot (et de sa taxation – fantasme aussi idiot) retombe donc pour refaire place à une catégorisation plus claire : certains humains seront remplacés dans des tâches de masse à faible valeur ajoutée, et l’intelligence ou la puissance numériques assisteront les autres dans les tâches à plus haute valeur ajoutée, celle que l’homme accomplit encore mieux que la machine – ou par sa capacité d’avoir des sentiments et de les partager. Ceci n’est bien sûr pas indolore pour l’emploi, mais la menace elle-même se confine donc. Ce qui mène à la réflexion suivante, constamment oubliée, elle, sur l’autel du capitalisme : les régimes totalitaires utilisent… les outils numériques du monde libre d’une manière qui est problématique, soit sans accorder la protection et les garanties juridiques qui vont avec. Lorsque leur économie est en concurrence avec celle d’Etats du monde libre, cette concurrence est dès lors déloyale. Lorsqu’ils utilisent les données personnelles pour punir ou noter leurs concitoyens, cela donne la vraie mesure de l’ampleur de leurs dangers. Pour le reste, pour échapper à ce que le numérique ou le big data peut capturer ou utiliser illégitimement, il reste… le manuscrit, la parole, tout ce qui n’est pas digital. Pour les bandits aussi, dans un monde où l’essentiel des preuves est aujourd’hui numérique. Et pour le bonheur – le vrai.