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EASYJET – UN MODÈLE D’AFFAIRES FONDÉ SUR L’INEXÉCUTION CONTRACTUELLE ?

Posté le 3 juin, 2019 dans divers

easyJet c’est cool. On peut s’envoler boire des verres ici ou là, se bronzer, voir des monuments ou même travailler, pour, en principe, pas cher. Le modèle d’affaires, initialement, bousculait celui des compagnies traditionnelles : « low cost », il n’offrait pas certaines de leurs prestations. Partant de scratch, easyJet n’avait pas leurs coûts de production élevés – dans un environnement de prix élevés résultant de lois ou d’ententes cartellaires. easyJet a utilement fait jouer la concurrence, passant de 5 millions de passagers en 2000 à 89 millions en 2018. Mais le modèle fonctionne également par ce qu’il a de déceptif : s’affranchir de l’obligation de respecter une des obligations du contrat et de la loi : la ponctualité. easyJet vise une rentabilité qui impose des cadences et des rotations irréalistes qui font que, même sans aléa lié à la météo, aux opérations, à la sécurité, aux partenaires aéroportuaires ou au contrôle aérien, les vols sont très vite systématiquement et nécessairement en retard. S’il y a le moindre aléa pour lequel il faudrait précisément une marge de sécurité, alors les retards sont constants – et ces aléas servant de bien pratique, mais mensonger, alibi. Pas d’excuse non plus dans la pratique de tarifs bas – qui n’exonère pas de respecter les horaires. Toute partie à un contrat peut parfois se trouver en situation de manquer à ses obligations. La loi et le contrat offrent alors des remèdes. Savoir et accepter ne pas respecter ses obligations de manière systématique a en revanche un autre nom.

Ceci est problématique – et a fortiori en lien avec un second problème : entraver sciemment l’obtention par les cocontractants lésés des réparations prévues par la loi. Pour que le client conclue le contrat, le modèle commercial doit être le plus simple possible. Prendre son billet en ligne prend deux à quatre minutes. Il est tout autre de se faire dédommager. Cela ne prend pas deux à quatre minutes, mais deux à quatre mois, et au terme d’un parcours du combattant conçu pour que le client énervé d’un retard se calme, puis renonce à perdre le temps nécessaire pour être indemnisé. A la première fraude commerciale s’ajoute donc son corollaire – conserver le bénéfice financier de cette pratique. Un partenaire honnête pourrait pourtant créditer au client ses indemnités automatiquement – puisqu’il possède ses coordonnées de carte de crédit. Ou mettre à disposition une interface aussi simple que pour… prendre son billet. Ce qui mène au problème suivant, de l’ordre juridique cette fois. easyJet peut dormir tranquille : en l’absence de protection plus étendue, le consommateur ne la poursuivra jamais à une échelle présentant un risque financier suffisant pour la faire changer de pratique. Un risque d’image ? Elle est déjà mauvaise – et le passager étant captif de ce système qu’il subit avec plus ou moins de grâce. Savoir comment des dirigeants dorment la nuit en étant responsables de telles pratiques, la concurrence déloyale que cela représente envers les compagnies qui s’organisent pour respecter les horaires, et l’application du droit pénal à cette situation, sont des questions qui restent ouvertes mais qui se posent indubitablement.

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