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FAKE NEWS ET JUSTICE

L’épisode 8 de la saison 2 de thegoodfight, intitulé « Day 457 », met en lumière l’influence possible de « fake news » sur le processus judiciaire. Ce qui fait froid dans le dos et n’est pas du cinéma. Le problème des fake news est global et connu : les réseaux sociaux sont devenus des canaux de communication hors des médias traditionnels vérifiant, en principe, les informations publiées. Ils permettent à des informations vraies de circuler et d’atteindre un nombre élevé ou ciblé de personnes, mais aussi à des informations fausses – avec le problème qu’elles sont prises pour vraies par ceux qui, sans disséquer ces mécanismes psychologiques et sociétaux, veulent y croire ou y succombent. Dans l’épisode, l’avocat de la police de Chicago demande à l’expert balistique de la défense s’il a déjà été condamné pour perjury, c’est-à-dire mensonge judiciaire, ce qui, pour un expert judiciaire, serait effectivement fâcheux. Il répond naturellement que non – mais la question et la réponse figurent au procès-verbal et un petit doute sur sa moralité est instillé dans la tête des jurés. Puis, sur les réseaux sociaux, cette même « supposition » se met à circuler.

Naturellement, il n’est pas possible d’identifier la source ni de la lier à l’avocat ou à la partie en cause, en tout cas pas à temps ni sans l’engagement de ressources dont seules des enquêtes contre le crime organisé disposent. En connaissant simplement trois à cinq paramètres personnels généraux des jurés qui sont disponibles publiquement, tels que âge, domicile, profession, groupe culturel, etc., il est possible d’assurer que la nouvelle – fausse – leur parvienne sur un réseau social. Une seconde rumeur fausse de même type est mentionnée en audience, soit que l’accusé, un policier hispanique démis de ses fonctions, aurait été mêlé à des combats de chiens illégaux. Information fausse qui se retrouve elle aussi simultanément sur les réseaux sociaux. Les fake news sont dangereuses. Pour la politique, pour la société, pour la justice. Un juge ou un tribunal sait en principe faire la part des choses dans le cadre des exigences d’allégation et de preuve des lois qui régissent le procès. Mais les impressions, même subliminales, sont tenaces, pernicieuses. Elles ne sont jamais neutres et créent – dans l’esprit de tous – des impressions qui peuvent être fausses. Que faire face à de telles manipulations ? La question est hélas ouverte.