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Greenpeace et Qatar : Pourquoi le foot doit-il toujours être politiquement incorrect ? – et si la FIFA et le FC Bâle donnaient raison à Greenpeace et aux ONG – pour une fois ?

A Bâle, des activistes de Greenpeace se suspendent au toit du stade St-Jacques pendant une rencontre de Coupe d’Europe, pour protester quelques minutes contre des dégâts écologiques de Gazprom – sponsor important du football. A Zurich, des ONG protestent devant la FIFA contre l’esclavagisme grâce auquel le Qatar prépare la Coupe du monde. Dans leurs rôles respectifs, le FC Bâle dépose plainte pénale contre Greenpeace et parce qu’il risque des sanctions disciplinaires pour cette perturbation d’un match, et la FIFA dit qu’elle ne peut « s’ingérer » dans le « droit du travail » d’un Etat souverain. Magnifique exemple d’attitudes formelles et d’apparence formellement cohérente – mais au contenu pleutre et socialement déficient et, ce qui est plus grave, socialement dommageable. Le postulat que le sport ne doit pas faire de politique n’est pas dénué d’un certain sens. Il y a tant de problèmes en ce bas monde que s’il est pris en otage et interrompu par les activistes de chaque problème social ou politique, il sera rapidement asphyxié. Il possède un droit civil à ne pas être perturbé même en tant que simple spectacle. L’absence des clans respectifs aux Jeux de Moscou puis de Los Angeles à la fin de la Guerre froide a été dans cette ligne une tristesse et un échec pour le sport, les sportifs et les pays. Il y a toutefois un bémol et une différence : les problèmes dénoncé par Greenpeace à Bâle et les ONG à Zurich sont en lien avec le football –  vu que les Etats et les entreprises, comme le Qatar et Gazprom, s’y associent pour en retirer un bénéfice d’image ou comme vitrine politique et sociale.

Il est permis donc de poser la question de l’exigence d’une conscience politique sortant de dogmes lesquels, appliqués aveuglement, sont dommageables tant pour le sport que pour la société civile. Quelle conscience morale une fédération sportive, qui doit être un exemple des valeurs humaines supérieures dont elle prétend le sport assorti, affiche-t-elle par l’argument de ne pouvoir s’ingérer dans le droit du travail d’un Etat souverain – lorsque des milliers de travailleurs sont réduits en esclavage et que des centaines en meurent ? La prise de position de la FIFA est digne de, précisément, la Guerre froide, alors qu’elle a des droits et des moyens de défendre une ligne plus dure et plus morale, même envers le Qatar et nonobstant les sempiternels « intérêts économiques » généralement invoqués pour justifier de ne rien faire. Et si pour sa part le FC Bâle s’était abstenu de déposer plainte contre Greenpeace, avec ou sans profession qu’il n’est pas indifférent aux ravages écologiques que cause Gazprom – on peut même rêver un peu ? Le FC Bâle aurait peut-être risqué par-là des sanctions disciplinaires – mais illicites et affichant là aussi une conscience morale dont il a raté l’occasion. C’est important pour la Suisse aussi vu que ces événements s’y sont déroulés – et qu’ils ont fait le tour du monde à l’image du vecteur qu’est le foot.

En quelques mots comme en cent, le FC Bâle et la FIFA ont raté une occasion de sortir de leurs dogmes obtus et aussi dommageables que les problèmes qu’ils refusent de voir. C’est dommage. Ils avaient l’occasion de montrer un peu de grandeur – qu’ils n’ont définitivement pas. Question subsidiaire : qu’est-il enseigné au Master FIFA [1] du CIES [2] de Neuchâtel sur ces sujets ? Les droits fondamentaux ou les œillères du singe qui se masque les yeux, la bouche et les oreilles avec des réponses formelles ? La hiérarchie des valeurs existe pourtant en droit – et pose une autre question pas moins importante : quand l’Université est le laquais de ses sponsors, elle ne mérite plus ce titre.