injustice1

INJUSTICE

Posté le 12 octobre, 2017 dans droit / law

L’injustice fascine obligatoirement l’avocat. Celui qui pense qu’elle n’existe pas ou peu peut arrêter tout de suite ce métier. Il est tentant, confortable, rassurant de se laisser aller à penser que la solution judiciaire est juste. Qu’il faille accepter la solution judiciaire, juste ou pas, est autre chose. Et c’est plomber un peu l’idéal de justice de se résoudre à ce que la solution judiciaire ne puisse pas être juste. Le sentiment est alors plus troublant. Injuste, elle peut l’être doublement : les cas d’erreur, d’injustice binaire, le juste/faux, et le taux ou le degré d’injustice qui résulte obligatoirement du système qui passe par l’établissement des faits puis par la subsomption. Cela n’est pas philosophiquement insoutenable non plus – mais il faut le garder en tête. L’idéal doit demeurer, et de la sorte, la réalité demeure perfectible. Améliorer la justesse de la justice devient alors un objectif honorable. Dit plus simplement, une société humaine doit accepter l’imperfection d’un système qui veut et doit tendre vers le juste, mais qui comptera toujours un taux d’erreur inhérent à toute activité humaine. C’est là que parfois, de plus en plus, ce sont les attentes sociétales qui sont irréalistes, lorsque le juste devient un fantasme et en serait obligatoire. Après l’excellent Blindfolds Off commenté sur ce blog, série d’entretiens avec des juges ayant tranché des affaires célèbres pour comprendre le fonctionnement intime de la décision judiciaire, Joel Cohen récidive avec Broken Scales : Reflections on Injustice

Cohen se livre apparemment à une introspection en profondeur et dans le temps pour comprendre comment l’injustice a évolué, où elle se cache, ce qui la cautionne, comment le système peut la causer ou faillir à l’empêcher. C’est cela qu’il sera intéressant de lire – bien davantage que l’injustice causée par une simple erreur. L’erreur est humaine. L’expliquer peut être intéressant, mais elle reste une erreur. Lorsque l’injustice est systémique, c’est alors un vice, un biais qui est beaucoup plus dur à établir et à combattre parce que le système se défend, qu’il possède sa justification et sa légitimité législative, et qu’ainsi la justice… le défend. Tout système ne pas non plus être parfait et jusqu’à quel degré d’injustice ou de biais est-il socialement acceptable – parce qu’il est formellement légitime ? Les droits fondamentaux sont une catégorie de réponse et de défense – mais pas uniquement. Et le formalisme est la peste lorsqu’il ne sert pas à ordonner et à cadrer le processus, ce qui est légitime, mais à dénier la solution qu’imposeraient les faits ou le droit matériel. Ne nous leurrons pas : le procédé consistant à faire prévaloir form over substance existe et est utilisé. Plus ou moins consciemment. L’injustice est partout. Au boulot – et on se réjouit de lire à nouveau Joel Cohen.

 

laisser une réponse