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MADOFF vs. SMALL TIME CROOKS

Posté le 1 mai, 2017 dans divers

Les scénaristes de films et de séries télé regorgent d’imagination – pour arriver à vendre leur bibine. Comme le palpitant mais invraisemblable, et donc somme toute fatiguant, How To Get Away With Murder. Comme on dit chez nous, ou plutôt de l’autre côté de la Versoix, « ça n’existe pas ». S’ils se calaient sur la réalité criminelle, leurs productions ne seraient pas palpitantes tant le quotidien criminel est bête et triste. Rarement force-t-il le respect ou inspire-t-il un véritable intérêt narratif. Le pauvre idiot de 28 ans qui a fait exploser le bus du Borussia Dortmund ne devait pas en regarder assez, de séries, ou trop. Il confectionne de très bonnes bombes – ayant reçu un prix d’électronique et d’ingénierie. Passe encore. Il tente de tromper son monde avec des lettres suggérant le terrorisme islamiste. Allah est grand. Ok. Et il prend deux fois une chambre dans le même hôtel que l’équipe en demandant la vue sur la rue. Et achète des actions du club avec des options de vente sur l’Internet de l’hôtel depuis sa chambre pour des montants inusuels la veille de l’attentat ! Il recevra peut-être en prison la Palme du délinquant qui laisse le plus de traces, mais probablement peu de propositions de scénariser son histoire. Cela dit, cette minable histoire doit rappeler que les marchés actions, et surtout options, sont chaque jour le lieu de manipulations illicites par des acteurs sophistiqués, parce qu’a priori légitimes. Eux savent masquer leurs transactions en lien avec des faits qui influencent des cours. Comme des médecins, entraîneurs ou athlètes savent encore aujourd’hui masquer les produits dopants avec une longueur d’avance sur ceux qui les traquent. Dans la même série des small time crooks ce couple de français qui s’est fait passer deux fois pour victimes des attentats de Paris puis de Nice.

Emoi médiatico-judiciaire et peines « exemplaires » qui ne valent pas mieux que ceux qui sont au mieux des moins que pieds-nickelés, au pire des dingues. En remplir les prisons pour de longues peines de six et quatre ans est une posture morale, pas la réponse pénale et sociétale appropriée. Et le big time crook-en-chef, Bernard Madoff ? Un avocat spécialiste des hedge funds a accepté de rejoindre la SEC en 2010, pétri du louable objectif d’oeuvrer à détecter des fraudes en amont de la prochaine crise, suite à celles de celle de 2008. Marc Champ publie un livre très sévère, Going Public: My Adventures Inside the SEC and How to Prevent the Next Devastating Crisis, qui explique par le menu pourquoi l’agence était inapte à débusquer Madoff avant qu’il ne chute lui-même, ni autres Stanford ou Dreier. Des chapelles, une incompétence, des syndicats attachés à leurs prés-carrés, des mentalités de fonctionnaire et une incroyable résistance au changement, au point que la division des fonds était appelée le « Musée de Cire » ! Bref, un réquisitoire appuyé contre une configuration de bureaucratie qui manquait d’agilité et de supervision indépendante – situation qui est exactement celle de la Finma en Suisse. En tout cas cela est-il cohérent avec les deux rapports internes accablants de la SEC suite à la chute de Madoff, le long et le court. Il est plus inquiétant que ces déroutes ne l’aient que marginalement fait évoluer. Ce livre vient confirmer que ceux qui se réfugient derrière l’argument simpliste que Madoff était assujetti à la surveillance de la SEC pour dire qu’ils n’y pouvaient rien n’ont encore pas compris. Outre que la surveillance d’une autorité n’exonère pas de ses propres responsabilités, de multiples signaux indiquaient les limites de celles-ci bien avant 2008.

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