Svindal

SKI ALPIN : COMMENT ARRÊTER LE MASSACRE ?

Posté le 1 février, 2016 dans sport / sportlaw

A Kitzbuhel, Svindal, Reichelt et Streitberger sont tombés coup sur coup dans le même trou. Saison finie pour Svindal qui menait le classement général. Franz et Scheiber s’étaient blessés pendant la semaine, tous en descente, puis l’italien Razzoli en slalom. Et Ted Ligety à l’entraînement en géant quelques jours plus tard. Puis Marc Berthod en descente. Etc. La FIS l’évoque dans ses news sous forme de pudique injury update sans détails ni conclusions. Le problème est sur la table, connu – mais comment arrêter enfin une fois ce massacre ? En ski alpin, chaque athlète subit en moyenne deux fois pendant sa carrière depuis les juniors une blessure grave avec chirurgie et arrêt de la compétition plusieurs mois, généralement au genou. Un athlète sur trois subit une blessure chaque saison et un sur six qui le prive de compétition un mois au moins. Il faut distinguer les traumatismes liés aux chocs d’une chute en descente et en super-G de ces blessures récurrentes au genou. Il faut encore distinguer les blessures « usuelles » de celles qui ont une cause particulière, e.g. une piste ou un piquetage déficients un jour donné. La cause des blessures usuelles tient toutefois à la conjonction de deux facteurs : a) des neiges très dures, généralement artificielles, pour supporter le passage de dizaines de concurrents et assurer la meilleure régularité de la course ; et b) des skis qui restent paraboliques même si leur rayon a été augmenté, verrouillant le skieur sur un arc sans dérapage ni dissipation d’énergie. Les forces exprimées sur les articulations, même sans chuter, sont au-delà de ce pour quoi le corps humain est conçu. En cas d’écart ou de chute, ces forces augmentent encore et exercent des torsions – causant immanquablement une rupture des ligaments. Le corps n’est pas fait pour encaisser des forces en tonnes liées au déplacement de sa masse à des vitesses que l’humain n’atteint pas sans skier. Ce risque inhérent est-il valablement assumé ? Est-il sportivement, humainement et juridiquement acceptable ? Et comment le restreindre ?

Il n’est plus acceptable qu’un sport même de haute compétition inflige autant de blessures au plan statistique – que la FIS a commencé à analyser mais sans à ce jour vraiment agir. Les pistes pour les réduire sont à la foi peu nombreuses et le problème pas réellement empoigné, en raison pour partie de l’énorme inertie régnant dans une grosse fédération sportive. Le ski alpin doit conserver son attrait et ses spécificités techniques, pour lui-même et face à la concurrence d’autres sports de glisse. Ralentir les skieurs en supprimant les combinaisons de course créerait trop d’inégalités selon les corpulences et les vêtements – même par hypothèse identiques – là où les courses se jouent au centième. Et les combinaisons sont une part du show. Serait-il possible de serrer encore plus le piquetage en descente, super-G et géant – sans dénaturer la discipline ? Serait-il possible de préparer des pistes moins dures – en tant qu’elles engendrent aujourd’hui des traumatologies identiques à celles des accidents de la route ? Les trous, bosses et badoles étaient aussi un facteur de danger, et de nivellement en avantageant les meilleurs, mais abaissaient tout de même les vitesses. Serait-il possible d’allonger encore les rayons des skis en diminuant celui des courbes, mais avec le paradoxe de faire skier les meilleurs du monde sur des skis moins performants que ceux du commerce ? Faudrait-il libéraliser totalement les tailles et cotes des skis ? Y a-t-il une véritable analyse des blessures et de leur prévalence entre maintenant et avant les skis paraboliques et la neige artificielle ? Y a-t-il des idées non-encore exprimées à simplement rechercher ? Avec des technologies modernes ? Faut-il réintroduire par un moyen ou un autre de la conduite dérapée ?

Le monde du ski doit faire attention. Le show demeure au niveau de l’élite mais le prix à payer est trop lourd pour un sport de haute compétition qui ne rémunère que peu et seulement les quelques meilleurs, et peu de temps. De telles atteintes physiques sont une des causes de désaffection de la relève et décimer constamment l’élite nuit à l’entier du sport. Que ceux qui en ont la responsabilité se mettent au boulot et vite.

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