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UNE APP POUR COMBATTRE LA CORRUPTION

Posté le 15 août, 2019 dans actu / news, justice

Il y a la corruption des élites politiques et celle des petits fonctionnaires ou policiers, comme il y a les grosses infractions financières et les voleurs de poules. Les moyens de politique criminelle, et le succès de leur prévention et de leur répression, varient pour chaque type de délit, selon également l’assiduité variable des moeurs locales en la matière – illustrées par le classement annuel de perception de la corruption de Transparency International. En matière de corruption à tous les étages, le Mexique, 15ème économie du monde, est l’un des Etats problématiques – pointant au 138ème rang. Lu dans l’excellent Wired, Borde Político, une start-up, y a donc développé une app appelée Incorruptible destinée à combattre la corruption à plusieurs des étages de l’édifice étatique. Lorsqu’un policier ou un fonctionnaire demande, suggère ou attend un pot de vin, la victime peut le marquer sur l’app – cristallisant le temps et le lieu. L’information remonte alors à des ONG partenaires qui l’analyse et la recoupe avec d’autres – créant ainsi une véritable carte des occurrences et de leurs moment. Si elle est crédible, elle est alors publiée sur l’app et sur les réseaux sociaux – stigmatisant publiquement un fonctionnaire ou un service. Génial ? Problématique ? Prometteur ?

Y a-t-il un problème de protection des données, de droits de la personnalité ? L’idée pourrait-elle essaimer vers #MeToo, le whistleblowing d’entreprise, les violences à l’école ou autre mobbing, ou finalement vers toutes sortes de « mappings » de comportements problématiques difficiles à tracer individuellement ? La police utilise déjà de tels outils fondés sur l’analyse et le recoupement de données pour prédire des pics de cambriolage – et n’est-ce donc finalement pas simplement là un usage de plus de big data fourni par des personnes à but donné ? La vérité est que c’est certainement un outil utile au Mexique – face à une situation endémique et destructrice de l’Etat de droit. La vérité est que c’est également une pierre de plus dans un édifice à la Brave New World, dans le sens ou chacun de ces méthodes ou outils est probablement davantage utile que dommageable, mais où leur agrégat ou utilisation combinée crée, potentiellement au moins, un goulag numérique. Il est difficile de dire si ou quand le monde sera enserré dans trop de surveillance au point de devenir inhumain, irrespirable. Et qu’alors la justification de ce que ce n’est pas dommageable pour qui n’a rien à se reprocher ne tiendra plus. Le problème, c’est que, de l’utilité de cette app mexicaine au problème philosophique global, il n’y a précisément que peu de pas.

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